Election de Jacques Kossowski – Analyse des résultats

Le 23 mars 2013, Jacques Kossowski a été réélu maire de Courbevoie pour un 4e mandat dès le premier tour avec près de 56% des voix. Retour sur les résultats et analyse

1/ Qui a voté ? 

Afin de pouvoir analyser les résultats, intéressons-nous déjà aux votants. Qui a joué avec l’iPad géant pour cette élection ?

On comptait en 2011 88 530 habitants sur la commune de Courbevoie.
A cela, il faut retirer environ 700 personnes dont il s’agit de la résidence secondaire, soit 87 830 habitants permanents.

Parmi ces habitants, il y aurait environ 25% de – de 18 ans, soit 21 957 personnes.

Cela donne au final un potentiel d’électeurs d’environ 65 872 personnes.

Or on compte sur les listes ‘seulement’ 52 181 électeurs.  Donc soit on a remplacé les faux électeurs du siècle dernier par de faux habitants, soit 20% des habitants ne se sont même pas inscrits sur les listes électorales. Parmi eux, environ 10 000 seraient des étrangers habitants sur la commune et n’ayant donc pas le droit de vote.

Sur les 52 181 électeurs, 27 902 ont voté, dont 1154 blanc.

En synthèse:

  • 20% des électeurs potentiels ne se sont pas inscrits sur les listes ou ne savent pas qu’ils ont le droit de vote autrement que devant la nouvelle star ou n’ont pas le droit de vote de toute manière
  • 38% des électeurs potentiels étaient bien inscrits mais sont allés plutôt au centre commercial (enfin pas à Charras, c’est fermé le dimanche)
  • 2% des électeurs potentiels ont voté blanc ou nul ou n’ont pas trouvé le bouton Jacques Chirac
  • 40% des électeurs potentiels ont voté pour un candidat

Il est donc navrant de constater que 60% des électeurs ne se sont pas sentis concernés par une élection locale pourtant proche de leur quotidien.

Ce désintérêt n’est pas nouveau, l’abstention ayant même légèrement reculé depuis 2008. Les explications à ce désintérêt comportent je pense des éléments nationaux et locaux:

  • Désintérêt des Français pour la politique et ses représentants perçus comme ‘tous pareils’
  • Individualisation de la société associée à un désintérêt pour le ‘vivre ensemble’
  • Plus localement, un sentiment que tout est joué d’avance, tant la ville est un bastion UMP
  • Au niveau local toujours, le côté un peu ‘ville dortoir‘ pour certains électeurs qui ne passent que peu de temps sur la commune et s’y intéressent peu
  • Au niveau de la campagne, sans doute une difficulté à distinguer les programmes les uns des autres
  • Et puis, déjà qu’on passe notre temps à voter pour The Voice ou Top Chef, on ne va pas en plus perdre notre temps à voter pour des gens qui passent même pas à la télé. Pire, on peut même pas voter par SMS !

2/ Tour d’horizon des candidats

Les résultats assurent une nette victoire du maire sortant Jacques Kossowski, UMP. Une telle victoire au premier tour consacre le maire sortant comme apprécié des habitants. Bien que largement attaqué au cours de la campagne, tant sur son âge que sur son bilan ou sur le fait qu’il soit supposé ne pas réaliser tout son mandat, les habitants continuent de lui faire largement confiance. 

On peut sans doute y voir aussi une satisfaction générale des habitants dans une ville où des choses peuvent être améliorées mais qui est globalement agréable à vivre.

Enfin, le programme du maire sortant adressant les bons sujets, les électeurs lui ont fait confiance sur sa capacité à les réaliser.

Ou bien ils s’en foutent.

Concernant le PS de Jean-André Lasserre, les résultats ont été un choc : s’il était clair que la ville serait dure à gagner, le PS avait tout de même l’espoir de pouvoir aller au second tour. Au final, le score est même légèrement plus faible qu’en 2008. Or, à l’époque, les espoirs de Jean-André Lasserre étaient beaucoup plus minces. Pour cette élection, un travail avait été fait sur le programme afin de crédibiliser le PS en termes d’alternative possible pour la ville. C’est un désaveu important qu’ont infligé les électeurs au PS. Avec pour conclusion 7 sièges au conseil municipal, soit 1 de moins qu’auparavant. On partait avec les nains à grosse tête, on termine avec les 7 nains…

Plus étonnante est la réaction d’Arash Derambarsh, candidat divers droite. Celui-ci s’est félicité de son résultat sur Twitter

Félicitations à J.Kossowski réélu maire de #Courbevoie. Je passe de 4% (2008) à 7%. Je deviens conseiller municipal à 34 ans. Merci encore.
— Arash Derambarsh (@Arash) 23 Mars 2014

Ainsi, après avoir annoncé qu’il voulait être maire de Courbevoie, que le maire sortant était has been, et qu’il allait gagner, on se rend compte que tout ça n’était que pour s’assurer un poste de conseiller municipal ? Notons qu’en plus, il ne sera même pas le plus jeune conseiller municipal de la ville, rôle qui échoie à Diane Zeitoun. Raté donc aussi pour le poste de Jordy de la politique municipale.

Il est vrai que passer de 4% à 7% à 34 ans est un progrès, et que c’est déjà un bon score pour une liste sans étiquette. En progressant de 4% par élection, Arash peut raisonnablement espérer être élu dans 11 élections, soit 66 ans. Il n’aura alors que 100 ans et pourra espérer être le maire le plus patient de France ?

Pour une liste ayant réalisé une campagne active et qui visait les 10%, il me semble donc que le résultat n’est pas particulièrement réjouissant non plus.

Concernant le FN de Floriane Deniau, c’est un score en progrès aussi puisqu’elle passe de 4,6% à 7,4%. Surtout, l’élection au 1er tour du maire permet au FN de faire son entrée au conseil municipal de Courbevoie avec 2 représentants. Paradoxalement, s’il y avait eu un second tour, le FN n’aurait pas pu se maintenir et n’aurait donc pas eu de représentants. Bizarrerie électorale …

Enfin, c’est aussi une déception pour Khalid Ait Hamou du Front de Gauche qui espérait capitaliser sur un rejet du PS de la part des électeurs de gauche et atteindre les 5%. Dure première participation pour le Front de Gauche dans une ville qui ne lui est pas naturellement favorable.

Le 23 au soir donc, seule l’UMP était vraiment à la fête, avec sans doute un petit sourire en coin du côté du Front National.

3/ Est-ce une surprise ?

Ces résultats sont-ils surprenants ? Pour qui a suivi la campagne, ils sont à première vue étonnant : toute cette campagne, toute cette énergie dépensée par les différentes listes, toutes ces heures de travail pour arriver au même résultat que 2008.

Et pourtant … 

Rappelons-nous 2008. Nous étions alors au sommet du rejet de Nicolas Sarkozy. Une vague rose emportait les grandes villes les unes après les autres et gauche + extrême gauche totalisaient 49,5% des suffrages. A Courbevoie 28%.

En 2014, l’impopularité de François Hollande fait passer les heures les plus basses de Nicolas Sarkozy pour une standing ovation. La gauche et l’extrême gauche totalisent en France un maigre 42,7% des voix. A Courbevoie, 30%.

Courbevoie s’est donc rapprochée de la moyenne nationale, ou l’inverse. Il était donc avec le recul fortement improbable pour la gauche de l’emporter dans un bastion UMP alors que la France est à un sommet de rejet du PS. On constate d’ailleurs des situations comparables à Levallois ou à Puteaux où les sortants ont été reconduits dès le premier tour.

Par ailleurs, tu l’auras peut être remarqué, ami lecteur habitant de la ville, mais nous ne faisons pas particulièrement pitié chez nous en termes de niveau de vie. Certes, on voit parfois des habitants rouler en Renault et on a peine pour eux mais à part ça …
D’ailleurs, parmi les 200 plus grandes villes de France, Courbevoie se classe 11e plus riche de France en revenu médian par habitant en 2012 (voir ici)

Que s’est-il passé dans ces grandes villes riches aux élections ? (classement par ordre de richesse)

1/ Neuilly sur Seine, Jean-Christophe Fromantin, DVD, réélu au 1er tour
2/ Boulogne-Billancourt, le maire sortant UMP réalise 48% au premier tour et devrait être réélu au 2e tour face à un candidat concurrent DVD
3/ Rueil Malmaison, Patrick Ollier, UMP, réélu au 1er tour
4/ Vincennes, Laurent Lafon, UDI, réélu au 1er tour
5/ Levallois-Perret, Patrick Balkany, UMP, réélu au 1er tour
6/ Versailles, François de Mazières, DVD, réélu au 1er tour
7/ Saint Germain en Laye, Emmanuel Lamy, UMP, réélu au 1er tour
8/ Issy les Moulineaux, André Santini, UDI, réélu au 1er tour
9/ Antony, Jean-Yves Senant, UMP, réélu au 1er tour
10/ Saint Maur les Fossés, avec 5 listes de droite, pas encore de maire élu mais la gauche totalise 13%
11/ Courbevoie, Jacques Kossowski, UMP, réélu au 1er tour
12/ Meudon, Hervé Marseille, UDI, réélu au 1er tour
13/ Suresnes, Christian Dupuy, UMP, réélu au 1er tour
14/ Clamart, Jean-Didier Berger, UMP, élu au 1er tour
15/ Montrouge (la mal nommée !), Jean-Loup Metton, UMP, réélu au 1er tour

Et en 16e place arrive Paris.

Ainsi, parmi les 15 grandes villes les plus riches de France dont Courbevoie fait partie, 100% sont gérées par la droite, 13/15 ont élu leur maire largement dès le 1er tour, et 12/15 sont des sortants qui ont été réélus au 1er tour. 

Au vu de ces chiffres et compte tenu de la sociologie de Courbevoie, il faudrait donc que le maire ait eu un bilan vraiment calamiteux pour que les électeurs le désavouent. D’un point de vue socio-économique, la victoire de Jacques Kossowski est donc simplement logique.

4/ L’équation d’une élection

Alors tout ça pour ça ? Toute une campagne, des tracts, des programmes, des réunions pour conclure par un déterminisme socio-économique ? Sans doute pour partie, je me risque donc à l’équation électorale

Le résultat d’une élection =

– 40% de classe sociale des habitants de la ville (= CSP, âge des habitants …)
– 25% de tendances nationales = rejet du pouvoir en place au moment de l’élection
– 15% de prime au sortant, parce qu’on le connaît et faut pas croire que l’herbe est plus verte ailleurs.
– 10% de performance de la campagne (programme, tracts, militantisme …)
– 10% de hasard (s’il fait beau, on va à la plage, s’il pleut on reste sous la couette)

C’est sans doute triste comme équation pour les militants qui se battent pour changer le cours de l’élection. Mais je pense qu’au final, la qualité de la campagne n’aura d’effet réel sur la victoire d’une élection que si les autres paramètres sont équilibrés. Elle peut en revanche influer sur le résultat final et l’ampleur de la victoire ou de la défaite et donc le nombre de sièges associés au conseil municipal.

5/ Conclusion 

En conclusion, je souhaite adresser mes félicitations à Jacques Kossowski et à son équipe pour leur victoire. Souhaitons que tous les beaux projets qui ont été proposés se réalisent pour améliorer notre cadre de vie.

Quant à leurs opposants, ils n’ont pas non plus démérité, car il n’est jamais facile d’aller se battre en terrain hostile. Comme il est dur pour les listes de droite d’exister à Montreuil, il est dur pour les listes de gauche d’exister à Courbevoie.

L’élection étant passée, on va pourvoir retourner voter pour la nouvelle star …

4 pensées sur “Election de Jacques Kossowski – Analyse des résultats

  • 26 mars 2014 à 16 h 32 min
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    Merci pour votre travail d’information tout le long de cette campagne. La démocratie c’est aussi cela : informer. Je fais partie des « 7 nains ». Tout au long de ce mandat, comme je l’ai fait au cours du mandat précédent, je ferai tout ce qui est en mon (maigre) pouvoir pour relayer les valeurs que je porte avec Jean-André Lasserre et qui ont été soutenues par plus de 7000 habitants de Courbevoie. Transparence du pouvoir, meilleure accessibilité aux services de la ville et meilleurs investissements pour la ville seront mes objectifs. Etre dans l’opposition n’était pas mon objectif, les électeurs en ont décidé autrement, mais je n’oublie pas ceux qui ont voté pour nous et je continuerai donc, pour eux, ce travail de démocratie qui me prend beaucoup de temps et que je fais entièrement bénévolement avec passion.

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  • 26 mars 2014 à 16 h 53 min
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    Bravo pour votre blog. Pour votre impartialité et votre humour.

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