Vivons ensemble – 1 an sur la Ligne L

A toi qui ne prends jamais la ligne L de la SNCF et qui trouve pénibles tous ces voyageurs qui râlent tout le temps, cet article est pour toi. Et toi qui prends tous les jours la ligne L, ne lis pas cet article, tu te fais du mal pour rien. 1 an de voyages sur la ligne L, récit (presque) imaginaire. Toute ressemblance avec des évènements réels serait tout sauf fortuite.

Précisons d’abord pour le lecteur parisien qui ne connaitrait que le métro et à la limite le RER ce qu’est le Transilien ligne L. Il d’agit simplement d’un train SNCF au départ de Paris St Lazare et à destination de la banlieue ouest où il y a certes plein d’habitants qui roulent en jaguar, mais aussi pas mal de couillons qui prennent le train. La ligne L relie donc Paris St-Lazare à des bleds comme St Cloud, St Nom la Bretèche, ou Versailles Rives-Droite, en passant par La Défense et Courbevoie en ce qui me concerne…

Avec 290 000 usagers quotidiens, la Ligne L est la plus fréquentée du réseau Transilien, et aussi celle ayant le pire niveau de régularité. Autre particularité, les trains utilisés, les « Z6400 » sont les plus anciens de tout le réseau Ile de France, avec pas loin de 40 ans au compteur… Alors embarquons sur la ligne !

Septembre 

C’est la rentrée, et les problèmes reprennent normalement. La logique sur la ligne L consiste à avoir des problèmes 1 fois sur 2 environ. Donc si j’ai le train le matin sans problèmes, le soir risque d’être compliqué. Si j’ai des problèmes le matin… ben le soir risque aussi d’être compliqué (statistique aussi logique qu’un rapport de ponctualité SNCF). Bref, les problèmes sur la ligne L on connait. On appelle d’ailleurs Combo Royal le fait d’avoir des problèmes matin et soir toute une semaine à la suite. C’est parti pour une année !

Octobre

En octobre, il y a le changement d’heure et la grève SNCF sur la ligne L, c’est comme ça, prévisible, régulier. La ligne L fait d’ailleurs partie des plus grévistes. Les grèves, on sait rarement pourquoi elles ont lieu. La dernière fois, c’était en soutien à deux employés SNCF mis à pied pour avoir été bourrés à leur poste d’aiguillage. Voilà une belle lutte sociale ! Pour autant, les grèves, c’est pas forcément si mal : avec 2 trains / 3 en général en heure de pointe, il y a aussi peu de trains que d’habitude, mais au lieu d’apprendre 2mn avant qu’ils sont supprimés, on le sait dès le départ, il suffit d’anticiper. Du coup, en temps de grève, les trains sont plus à l’heure que d’habitude. Mais plus pleins aussi, il faut choisir. Au lendemain de la grève en revanche, retour des problèmes et des trains supprimés. Bilan, quoi qu’il arrive, on râle.

Novembre

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle. Et il faut beaucoup de pelles avant que les trains puissent circuler. Depuis 40 ans qu’ils roulent, les trains de la Ligne L supportent mal les feuilles mortes. Les habitués le savent, feuilles mortes = trains supprimés. Mais nous ne sommes pas égaux devant les trains supprimés. En effet, deux types de trains passent à Courbevoie. Ceux appelés ‘Omnibus’ qui s’y arrêtent tous les 1/4 d’heure normalement, un peu plus en heure de pointe (l’heure de pointe durant approximativement de 8h15 à 8h45), et les trains directs, qui ne s’arrêtent pas entre Paris St Lazare et La Défense. Et le train Omnibus a une capacité de suppression bien supérieure à celle du direct, notamment car un omnibus en retard bloquerait les directs et créerait des retards en cascade. Avec un train supprimé donc, nous pouvons voir passer depuis la gare de Courbevoie 5 ou 6 trains directs souvent assez vides avant qu’arrive l’omnibus suivant. Les vaches ne sont pas les seules à regarder passer les trains…

Décembre 

La ligne L possède aussi ses X Files. Je voulais donc rentrer de Paris à Courbevoie. L’omnibus de Courbevoie étant comme souvent supprimé, je tente mon va-tout : prendre un direct pour La Défense, me retenir très fort pour ne pas tirer la sonnette d’alarme en passant à Courbevoie, puis espérer attraper à La Défense celui qui revient vers St Lazare et qui s’arrêterait à Courbevoie.
Me voici donc en gare de La Défense, à attendre le fameux omnibus de Courbevoie coincé entre tous les trains directs. Tout va bien, le prochain train est annoncé dans 4 mn. Puis 3mn. Puis 2mn. Et là, l’indication ‘2mn’ se met à clignoter. Les habitués le savent : quand l’indication de temps commence à clignoter, les carottes sont cuites. 3 mn plus tard, les 2mn clignotent encore avant que le train passe en ‘retardé’. Et 5mn plus tard, le voilà passant de ‘retardé’ à ‘supprimé’ quand entrent en gare les trains directs qui eux ne s’arrêteront pas. Prochain train pour Courbevoie, dans 15mn, après 3 trains directs. Bilan : rien ne sert d’attendre, mieux vaut partir à pied. Interrogation : dans quel trou noir est tombé le train 2mn avant d’entrer en gare ? Une faille spatio-temporelle à Puteaux ?

Janvier

De jolis flocons de neige tombent sur l’Ile de France. Nous, voyageurs à rails, sommes émerveillés quand les automobilistes sont désespérés. Et pourtant… La ligne L n’aime pas les feuilles mortes, mais elle n’apprécie pas plus la magie des flocons. Ce sera donc une alternance de trains supprimés et de trains retardés. On se les gèle sur les quais à attendre, mais c’est joli. C’est déjà ça.

Février

Nous revoici à La Défense (avec mon système de va-tout, cf Décembre), où cohabitaient 2 systèmes d’affichage pour les trains, un très ancien et un ancien. Problème : le système très ancien annonce que le prochain train est un direct, et le système ancien annonce que c’est un omnibus (qui s’arrête donc à Courbevoie). Qui croire ? Monter ou ne pas monter, telle est la question ! Bien sûr quand le train s’arrête sur le quai, le système lumineux à l’intérieur est en panne et n’annonce pas les gares. Et aucune annonce vocale du conducteur. Alors soyons joueurs, montons… et ce sera un direct ! Retour à la case départ donc. Bilan : un très ancien vaut mieux qu’un juste ancien.

Mars

Ce soir, c’est mon tour : je vais chercher mes enfants à la crèche / école. Pour cela, il me faut prendre le train de 18h20 à St Lazare, pour arriver à 18h30 à Courbevoie et être à 18h35 à la sortie d’école. Tout va bien, l’école et la crèche ne ferment qu’à 19h, je suis large. Ou pas. Me voici donc installé dans le 18h20 qui a été annoncé à 18h25. Sur la ligne L, quand un train est annoncé en retard, ça sent le roussi. 18h30, le train est toujours à quai. Pas d’annonce. 18h35, on apprend qu’un problème matériel retarde les trains. 18H40, voici que tous les trains sont supprimés jusqu’à nouvel ordre. Reste donc 20mn pour que mes enfants ne finissent pas abandonnés sur le trottoir. Une seule solution, le taxi qui moyennant 20 euros m’amènera honteux à 19h05 aux sorties de crèche / école. Les autres variantes possibles : prendre un train allant à Becon puis courir jusqu’à Courbevoie (fatiguant) ou aller chercher le RER A, aller à la Défense, puis courir jusqu’à Courbevoie (fatiguant aussi). Bilan, quand tu prends la Ligne L, mieux vaut être célibataire sans enfants.

Avril

Travailler c’est bien. Mais rentrer trop tard du travail peut me réserver quelques surprises : en effet, aucun train pour Courbevoie entre 20h50 et 21h13, c’est bien connu. Alors en arrivant à la gare à 20h55, me voilà contraint de patienter. Quelques minutes plus tard cependant, un train est annoncé avec étape à Courbevoie. Me voilà donc fièrement le premier à monter dedans. Fait rare, je suis vraiment tout seul ou presque dans ce train. Bizarre quand même ? L’heure passe, le train ne part toujours pas. Très normal quand on connait la ligne L. Au bout d’un moment, intrigué, me voilà donc descendant du train pour vérifier l’affichage et constater … que je suis monté dans celui de 21h25, dont la voie a été annoncée avant le 21h13. Ma faute donc, me reste plus que les Darwin Awards…

Mai

Pour faire face à la colère des usagers, la SNCF a fait un geste. Lorsqu’un train omnibus est supprimé en heure de pointe, un autre train direct assure la desserte à sa place. Excellente idée. Le tout étant d’être dans la période de pointe (approximativement entre 8h15 et 8h45 le matin et entre 17h 15 et 17h45 le soir). Mais surtout, la subtilité est que le train qui le remplace part… 2 mn avant. Donc quand comme moi on se cale pour arriver juste à l’heure du départ du train, il ne me reste qu’à constater qu’il est 18h19, le train de 18h20 est supprimé et celui de 18h18 qui le remplaçait vient de partir. Quand ça veut pas, ça veut pas !

Juin

Nous sommes en juin et voici l’arrivée des premières chaleurs. Le parisien court se tremper les pieds dans la première fontaine venue, les journaux ont de quoi faire leur une pendant 8 jours. Mais la ligne L n’aime pas la chaleur. Ca dilate les rails et ça les rend tout chagrins. Pour les effets en revanche, pas de jaloux : c’est la même chose qu’en automne quand les feuilles tombent ou qu’en hiver quand il neige. Trains retardés et supprimés. La seule saison qu’aime bien la Ligne L, c’est le printemps. Et encore…

Juillet

Nous voici en Juillet avant que les fameux juillettistes ne croisent les non moins fameux aoutiens. Mais la Ligne L, elle, est les deux à la fois ! Juillet donc arrive la grille d’été. Le reste de l’année, nous étions privilégiés avec 1 train tous les 1/4 d’heure. Au moins, en juillet, on apprend ce que patience veut dire avec des trains pouvant arriver toutes les 1/2 heure, voire plus. Incitation à la flânerie ? Ou technique pour que l’on passe plus temps devant les pubs qui ornent les gares ?

Aout

Et bien en août, c’est pareil qu’en juillet mais sans moi ! Vous l’aurez compris, je fais partie des aoutiens. Me voici donc en congés loin de mes camarades attendant sur le quai un train supprimé. Mais dans 3 semaines, nous serons en septembre, pour que tout recommence….

Pour conclure cette année sur la Ligne L, saluons ici le formidable travail de l’association d’usagers Plus de Trains qui travaille dur pour aider les usagers et proposer des solutions pour cette ligne. A l’origine des problèmes actuels, des choix politiques anciens ayant délaissé le transilien et un sous-investissement chronique sur ces lignes peu médiatiques. Le changement, c’est pas encore maintenant mais les choses semblent quand même bouger peu à peu…

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