Départementales Courbevoie 1 – Interview de Marie-Pierre Limoge et Daniel Courtes

Les 22 et 29 mars auront lieu les élections départementales nouvelle formule. L’UMP et l’UDI présentent pour cette élection Marie-Pierre Limoge et Daniel Courtes. Je suis donc allé à leur rencontre pour mieux les connaître, parler de leur projet et connaître leur vision pour le département. Interview exclusive sur ce blog !

1/ Mais qui êtes-vous ? 

Marie-Pierre Limoge, Daniel Courtes, j’ai cherché votre nom sur Wikipedia et même lui ne vous connait pas encore. Alors pouvez-vous nous présenter en deux mots qui vous êtes ? 

Daniel Courtes : je suis le sortant puisque j’ai été élu conseiller général en 2008, avec à l’époque Marie-Pierre Limoge comme suppléante d’ailleurs ! J’ai un long parcours à Courbevoie que j’habite depuis ma naissance. J’ai ainsi vu évoluer la ville depuis 60 ans. A l’époque, le canton sud était une ville ouvrière, comme beaucoup d’autres villes du 92, Levallois par exemple. Le canton nord avec Bécon était pour sa part un quartier plus bourgeois.

Avant la politique, j’ai eu une carrière de chef d’entreprise : avec ma femme, nous avions une entreprise de génie mécanique aéronautique. Nous employions alors jusqu’à 100 ouvriers sur notre site de Nanterre, avec des clients tels qu’Airbus.

J’ai été élu pour la première fois au conseil municipal en 1983 en même temps que Jacques Kossowski. Depuis 1995 Jacques Kossowski est maire de Courbevoie et suis toujours à ses côtés. Actuellement adjoint au maire en charge des sports, j’ai eu par le passé la responsabilité des centres de loisirs, l’ancêtre du VAL.

Je me définis avant tout comme un élu de terrain qui cherche à faire progresser le dialogue, pas à créer la polémique. Je fais de la politique surtout parce que j’aime les gens. Si je devais créer un parti politique, ce serait le parti du bon sens.

Au niveau politique, je suis un gaulliste dans les valeurs. Je suis actuellement UMP et fier de l’être.

Marie-Pierre Limoge : je suis pour ma part Courbevoisienne depuis 27 ans, arrivée ici pour des raisons professionnelles comme beaucoup de gens. J’ai travaillé dans le domaine de la communication, en particulier dans des collectivités locales. En arrivant à Courbevoie, je n’avais aucune idée que j’en viendrais à faire de la politique. Avec 3 enfants, je me suis investie dans les parents d’élèves. Je suis ainsi entrée à la FCPE par affinités amicales et suis devenue tête de liste dans deux écoles. C’est à ce titre que j’ai rencontré Jacques Kossowski.

En 2001, avec la loi sur la parité, les partis politiques ont cherché des femmes investies dans la vie locale. C’est ainsi que j’ai rejoint Jacques Kossowski dans la campagne des municipales. Entre 2001 et 2008, j’ai ainsi été adjointe en charge de la vie des quartiers, avec notamment la création des premiers conseils de quartier. C’est au cours de ce mandat que j’ai cessé mon activité professionnelle pour me consacrer à mes enfants et à mon mandat. Après l’élection municipale de 2008, je suis devenue notamment adjointe au maire en charge du scolaire et du péri-scolaire.

En 2011, j’ai été candidate aux élections cantonales à Courbevoie Nord, que j’ai perdue de 171 voix face à Jean-André Lasserre (PS). Ce fut un moment difficile et c’est pour moi un symbole de tout ce qui ne fonctionne pas en politique : c’était en effet une époque où l’anti-sarkosysme était à son maximum, et un sujet, la Tour Phare, a polarisé les débats alors qu’il ne relevait pas des responsabilités du département. Même si on est toujours responsable de sa défaite, il reste frustrant de perdre pour de mauvaises raisons.

Avec Daniel, ce qui nous définit, c’est d’être tous les deux des élus de terrains avec une ambition uniquement locale.

2/ On fait quoi au conseil départemental ? 

Le conseil général ou conseil départemental, ça sert à quoi ? Etre conseiller départemental, c’était votre rêve d’enfant ? 

Daniel Courtes : Bonne question ! Avant d’y répondre, il faut rappeler qu’il s’agit d’une institution qui s’occupe d’un département contenant 36 communes, de la plus grande Boulogne et ses 120 000 habitants à Marnes La Coquette et ses 2500 habitants en passant par Courbevoie. Le département gère un budget de 2 milliards €, dont 1,4 Mrd € de frais de fonctionnement et 5,5 millions € d’investissement. La plus grosse partie du budget, 877 M€, est consacrée au social (personnes âgées, handicap, petite enfance…). Viennent ensuite les 105 collèges des Hauts de Seine, la voirie, les transports…

Le rôle du conseiller départemental est notamment de voter le budget du département. Il assiste aux assemblées plénières une fois / trimestre, et participe à des commissions permanentes. En plus, certains conseillers ont des postes de vice-président ou de délégué avec une mission spécifique à accomplir.

Il y a actuellement au conseil général 45 élus, 30 de la majorité et 15 de l’opposition. Le conseil général est un lieu plus politique qu’une mairie par exemple.

Marie-Pierre Limoge : Il faut aussi savoir que le conseil général 92 est particulièrement observé. On le sait assez peu mais c’est un département qui a été pilote sur pas mal de sujets, comme l’accompagnement dans les collèges ou le RSA.

Le département du 92 est bien géré, c’est notamment le seul qui a conservé sa notation AAA. Patrick Devedjian, son président, est un bon gestionnaire. Il avait bien géré sa ville d’Anthony, et il a bien géré le département.

Soutiendrez-vous Patrick Devedjian à sa reconduction au poste de président du conseil départemental des Hauts de Seine ? 

Daniel Courtes : Une élection, ça ne fait pas comme ça. Ca n’est jamais gagné d’avance. Il faut d’abord aller chercher des voix et être élu. Après, dans l’hypothèse où je serais élu au conseil département, je soutiendrais Patrick Devedjian des deux mains.

Marie-Pierre Limoge : je n’aime pas faire ce genre de prévisions alors que nous ne sommes pas encore élus. Nous devons d’abord faire campagne et gagner la confiance des électeurs. Après, dans le cas où nous gagnerions l’élection, je soutiendrais naturellement Patrick Devedjian.

Conseiller général, c’est un métier à plein temps ? 

Daniel Courtes : Tout dépend de ce qu’on y fait. En ce qui me concerne, j’ai en charge la délégation des personnes âgées, des personnes handicapées et de la dépendance, ce qui me prend beaucoup de temps. En conséquence, je suis au Conseil Général quasiment tous les jours. Un Conseiller Général n’ayant ni délégation ni vice-présidence passe bien évidemment moins de temps au Conseil Général que ceux qui ont des responsabilités.

Est-ce alors compatible avec vos responsabilités à la Mairie de Courbevoie, notamment pour Mme Limoge qui en est 1ere adjointe ? 

Marie-Pierre Limoge : 1ere adjointe est une responsabilité très prenante, mais ne correspond pas à un temps plein, je ne suis pas toute la journée à la mairie. Au total, j’y consacre largement plus de 39 heures par semaine, mais ce sont des heures étalées, et notamment beaucoup le soir et le week-end.
Donc oui, on peut gérer deux délégations. Je ne l’aurais cependant pas fait si j’avais encore un emploi ou de jeunes enfants.

Marie-Pierre Limoge, un récent article de l’Express voyait en vous un successeur possible au maire actuel Jacques Kossowski. Dans cette hypothèse, que ferez-vous d’un mandat de conseiller départemental ? Plus généralement, quelle est votre position sur le cumul des mandats ? 

Marie-Pierre Limoge : Il faut arrêter avec les rumeurs sur la succession. Jacques Kossowski a été réélu maire et le restera jusqu’en 2020. A ce moment-là, nous verrons bien ce qu’il en est. Concernant le cumul des mandats, je suis contre le cumul des mandats, et aussi contre le cumul dans le temps. Ainsi, si je devenais Maire un jour, je n’aurais pas d’autres responsabilités.

Vous dites être contre le cumul des mandats dans le temps, pourtant Jacques Kossowski est maire de Courbevoie depuis plus de 20 ans ?

Marie-Pierre Limoge : Je suis contre le cumul dans le temps surtout au niveau national. Au niveau local, bien connaître sa ville est un avantage. Le temps de réalisation de projets d’envergure est long et il est important de ne pas toujours remettre en cause ce qu’a fait l’équipe précédente

3/ Le programme

Jusqu’à présent, nous n’avons pas vu vos propositions. Alors que proposez-vous aux électeurs si vous êtes élus ? 

Marie-Pierre Limoge : notre programme sera présenté en fin de semaine prochaine. Les principaux points concernent :

  • La rénovation du collège Alfred de Vigny à Courbevoie
  • La création d’un 5e collège à Asnières
  • La poursuite des travaux sur les Berges de Seine vers Bécon et Asnières
  • Les travaux de voirie avec notamment la rénovation de l’avenue de la République
Et le Boulevard de Verdun ?
 
Marie-Pierre Limoge : je connais bien le sujet compliqué du Boulevard de Verdun puisque c’est un des premiers dossiers que j’ai étudié à mon arrivée. Le projet est né vers 2008 d’un comité d’axe lancé par la RATP pour rendre l’axe plus rapide. Un projet complet avait été dessiné mais il avait été repoussé pour des questions de sécurité. Pour le moment, le projet est en stand by car il nécessite des budgets importants à une époque où l’argent manque de plus en plus. Néanmoins, la partie haute sera nécessairement retravaillée dans le cadre du projet du Village Delage.
 
Daniel Courtes : il faut aussi savoir que dans le cadre du Grand Paris, les responsabilités du département peuvent encore évoluer. Patrick Devedjian a réussi à sauver la voirie et les collèges qui restent gérés par le département, mais tout n’est pas encore certain. Notre philosophie est de ne pas promettre des trucs dont on ne sait rien.
La rénovation du Parc de Bécon était au programme des municipales et se fait attendre. Pourrait-on imaginer rendre ce parc départemental ? 
Daniel Courtes : on avait précédemment envisagé de le rendre départemental. Cependant, il reste de petite taille pour être un parc départemental. Cela n’empêche pas pour autant de demander des subventions au département pour un projet comme celui du Parc de Bécon.
Concernant le Conseil Général du 92, comme la ville de Courbevoie d’ailleurs, on dit toujours « c’est une ville riche ». Mais avec la péréquation, la ville de Courbevoie comme le département consacrent une partie importante de leur budget à la solidarité avec les autres territoires. Dans les Hauts de Seine, la péréquation représente 330M€ que l’on verse pour les autres collectivités. C’est notamment pour cela que le conseil général 93, mal géré, voudrait se regrouper avec nous pour mutualiser la dette.

4/ La vision

Vous êtes candidats aux élections départementales, mais les départements pourraient disparaitre prochainement. Etes-vous personnellement favorables à la suppression du département, notamment dans le 92 ? 

Marie-Pierre Limoge : Pour moi, tout dépend des inter-communalités. La métropole du Grand Paris a un sens en termes de vision globale pour les transports, l’aménagement du territoire, le tourisme… Ensuite, si on crée à l’intérieur du Grand Paris des inter-communalités qui ont du sens, de la bonne échelle, alors il faut réfléchir à leur articulation avec le département. Par contre, si la métropole phagocyte tout, le département conserve son intérêt d’assemblée de proximité.

Justement, concernant l’inter-communalité, le sujet fait actuellement débat. Quelle est votre position ? 

Marie-Pierre Limoge : Comme Jacques Kossowski, je suis pour une grosse inter-communalité de la boucle nord de la Seine qui regroupe un territoire varié incluant La Défense et Gennevilliers, avec des communes plus ou moins riches. Cela nous permettrait d’agir directement sur la solidarité entre nos communes par le développement économique du territoire tout entier plutôt que de verser de l’argent avec la péréquation. Après, n’étant pas en charge de ce dossier, je n’ai pas d’avis sur les bordures précises à fixer au territoire.

Daniel Courtes : Je ne vois pas tout à fait les choses de la même manière concernant la suppression des départements : j’ai peur que cela soit dangereux pour la ville de Courbevoie à moyen et long terme. Cela nous rend tributaire de l’assemblée nationale qui définit actuellement la loi sur l’intercommunalité. Le danger est de vider la mairie de son pouvoir et de perdre les leviers de l’action locale. Après, tout dépendra de 2017 et de l’élection présidentielle. Je regrette pour ma part qu’on ait abandonné le projet de conseiller territorial qu’avait lancé Nicolas Sarkozy. En fusionnant les départements avec les régions, on réduisait efficacement les échelons administratifs, mieux que ce qui est proposé avec les grandes régions et les intercommunalités.

Sujet d’importance pour le département : La Défense. Un récent rapport de la cour des comptes pointait le besoin de financement de 350M€. D’après la cour, l’Epadesa pourrait prendre en charge 150M€. Restent donc 200M€ à trouver. Enfin, la cour pointait le manque de vision pour le quartier d’affaires. En tant qu’élus de Courbevoie et candidats au département, vous êtes doublement concernés. Que pensez-vous du besoin de financement de La Défense ? 

Daniel Courtes : Il faut d’abord rappeler que l’Epadesa (organisme qui gère les droits à construire de La Défense) est présidé par Patrick Jarry, maire PC de Nanterre et pas par Patrick Devedjian qui est lui président de Defacto (qui gère l’exploitation de la dalle). Par ailleurs l’Epadesa est un établissement public dépendant des orientations et des décisions de l’Etat.

Marie-Pierre Limoge : Il est évident qu’en tant que territoire bénéficiant de La Défense, nous contribuons à son entretien par les biais de notre participation financière à Defacto, l’établissemnt public de gestion. Par le passé, l’entretien était de la responsabilité de l’EPAD, qui dépend de l’état. On ne peut donc pas reprocher à la collectivité d’avoir bénéficié de La Défense et de ne pas l’avoir entretenu quand cela ne relevait pas de notre responsabilité. Pour l’avenir, le financement dépendra pour beaucoup de la structuration des territoires. Qui doit gérer La Défense, les territoires ou l’Etat ? Ce sera un des gros enjeux de la métropole du Grand Paris. Ce qui rend le sujet complexe, c’est qu’il n’y a pas que des entreprises sur la dalle. Il y a aussi des nombreux habitants, qui ont besoin des services de la ville et qui en sont déjà coupés par l’architecture même du site. La ville ne peut donc pas être absente de La Défense. Enfin sur le fond, je pense que le pays a besoin d’un grand centre d’affaires international comme celui-ci.

5/ La campagne

Combien coûte une campagne départementale ? 

Marie-Pierre Limoge : Je ne connais pas encore le coût exact de notre campagne. Cependant, le plafond de dépenses autorisées est de 39 000€. Si nous dépensions plus, les comptes seraient invalidés. Ensuite, 47% de cette somme, soit 19 000€ sont remboursés par l’Etat si la liste dépasse les 5%. Avec ce budget, nous devons toucher 43 000 électeurs. Il faut cependant environ un an pour se faire rembourser. Les sommes sont avancées par les candidats et par les dons des personnes qui les soutiennent. Le parti ne finance pas les campagnes des candidats, nous devons donc financer nous-même, notamment en allant à la banque pour obtenir un prêt.

Daniel Courtes : Le budget dépend aussi de la taille du canton. Pour cette élection, Courbevoie a été victime d’un charcutage électoral, avec d’un côté 33 000 Courbevoisiens qui voteront avec 44 000 Putéoliens, et de l’autre 53 000 Courbevoisiens associés à 16 000 habitants d’Asnières. Le canton Courbevoie 2 étant légèrement plus gros, leur budget sera donc aussi un peu plus important. Une fois la campagne finie, nos comptes seront regardés à la loupe. Il est important pour nous d’être transparents dans la gestion des comptes de campagnes.

Pour conclure avec une rubrique loto sportif, votre prévision pour les résultats au 29 mars ? 

Daniel Courtes : Comme nous l’avons dit précédemment, une élection n’est jamais gagnée, nous ne faisons pas de pronostic. Nous craignons une abstention forte, ces élections ayant du mal à mobiliser les électeurs. Nous sommes deux élus locaux qui menons campagne sans nous préoccuper des autres, sans critiquer personne.

Merci à Marie-Pierre Limoge et Daniel Courtes pour leur disponibilité et leurs réponses à mes questions. La suite prochainement sur le blog avec l’interview de leurs opposants, Maria Cotora et Jean-Philippe Elie.

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