Départementales Courbevoie 2 – Interview de Jean-André Lasserre et Corinne Leroy-Burel

Sur le canton de Courbevoie 2 qui regroupe deux quartiers de Courbevoie et la ville de Puteaux, deux conseillers généraux sortants sont candidats à leur ré-élection. Parmi eux, Jean-André Lasserre (PS) défendra son siège acquis sur le fil en 2011. Pour cette élection, il est associé à Corinne Leroy-Burel (EE-LV). Interview exclusive sur ce blog !

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Pour les Courbevoisiens qui ne vous connaissent pas encore et pour les Putéoliens, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Corinne Leroy-Burel: Je me suis installée à Courbevoie au milieu des années 80, mon mari était Courbevoisien. Mon fils y a grandi et y a fait toute sa scolarité. Cette tranche de vie m’a permis de bien connaitre la ville et son évolution. j’ai longtemps trouvé Courbevoie ‘ville-dortoir’, sans vraie identité et trop bétonnée. Surtout, j’ai regretté que des quartiers entiers de la ville soient rasés pour faire place à des constructions et des quartiers sans âme. Je trouve important de laisser un témoignage visible de l’histoire de notre ville. Le traumatisme de l’explosion de la centrale climadef à La Défense, la destruction de trop d’un pavillon sous mes yeux : ces éléments ont contribué à mon entrée en politique chez Les Verts en 1996. J’ai participé à l’époque à la constitution de la première liste municipale d’union entre le PS et Les Verts. A titre personnel, je suis architecte et urbaniste, ingénieure territoriale. Je suis donc particulièrement sensible sur les sujets relatifs à l’aménagement, l’urbanisme et les questions environnementales de part mes formations et mon métier.

Aujourd’hui, je suis très heureuse de faire équipe avec Jean-André Lasserre, et notre slogan ‘Ensemble’ résume bien notre état d’esprit. Nous voulons faire avancer notre point de vue, participer à la réflexion sur l’évolution de la société. Mais nous faisons face à des candidats qui se croient en terrain conquis.

Jean-André Lasserre : Avant la politique, j’ai longtemps été militant associatif en travaillant notamment sur les questions de prisons, d’exclusion et les sujets urbains. Entré au PS en 1994, j’ai été élu à Paris dans le 20e arrondissement. Arrivé ensuite à Courbevoie, je me suis d’abord intéressé de manière discrète à la politique locale. A l’époque, on faisait comme si notre ville était une terre définitivement acquise à l’UMP. Pour ma part, je pense qu’il ne faut jamais se résigner, jamais renoncer. Une société qui renonce est une société qui se meurt.

En 2011, j’ai été élu conseiller général sur le canton de Courbevoie Sud. Je suis donc le conseiller général sortant. En termes de valeurs, je suis un républicain, très attaché au respect du protocole et des règles, et je crois beaucoup à la transparence. 

Vous êtes deux élus de Courbevoie en tête de liste, alors que Puteaux représente plus de la moitié du canton. Pourquoi ne pas avoir intégré des Putéoliens en tête de liste ?

Jean-André Lasserre : En tant que conseiller général sortant, il est naturel que je me représente. Ensuite, nous voulions faire une liste commune avec Europe Ecologie – Les Verts. Compte tenu de la parité de cette élection, il fallait donc compléter le binôme par une femme EELV, et il n’y avait pas de volontaire du coté de Puteaux. Mais je pense que ce handicap initial est devenu un avantage pour nous. Comme le dit notre slogan, nous faisons campagne ensemble avec nos suppléants, Francis Poezevara qui est un nouvel élu du conseil municipal de Puteaux, et Evelyne Hardy, une élue de Puteaux non encartée. Nous formons un quatuor qui souhaite incarner l’avenir de notre canton. En face, l’UMP semble mener deux élections séparées, Aurélie Taquillain faisant la campagne à Courbevoie et Vincent Franchi faisant campagne à Puteaux. Si nous sommes élus, nous continuerons de travailler tous les quatre.

Corinne Leroy-Burel: Nous construisons une réflexion commune à nos deux villes pour proposer un autre projet pour le canton, et le territoire élargi de La Défense. On y travaille ensemble aujourd’hui et nous continuerons.

Jean-André Lasserre, en tant que conseiller sortant, quel est votre bilan ? Qu’avez-vous fait qui ait eu un impact réel sur la vie des habitants ? 

Jean-André Lasserre : Je crois avoir beaucoup travaillé au département et avoir contribué à faire évoluer les dossiers. J’ai rempli mon contrat en respectant trois engagements pris lors de la campagne :

  • Informer sur mon action, ce qui fut réalisé par 6 documents de 4 pages qui ont été distribués aux habitants du canton
  • Rencontrer les habitants, ce qui n’était pas facile car la mairie a refusé de me donner accès à des bureaux. J’ai donc acheté une tente, fait des rencontres dans les cafés…
  • Ne pas m’enrichir avec ce mandat : après mon élection, je suis passé au niveau professionnel à 90% de temps de travail. J’ai compensé ma perte de salaire par une partie de mon indemnité, le reste allant au financement de notre groupe local.

Dans mon programme de 2011 figuraient trois mesures phares qui ont contribué à mon élection. Nous avons avancé sur chacun de ces sujets :

  • Je proposais de revoir le modèle de développement de La Défense. En effet, le Conseil Général est présent au sein de l’Epadesa, et dirige Defacto. Son rôle est donc essentiel sur La Défense. Je me suis opposé au projet des Tours Hermitage qui, après 7 recours judiciaires contre moi, ne se feront probablement pas. J’étais aussi opposé au projet de Tour Ava. Le fait d’avoir été élu au conseil général a donné du poids à mes prises de position. Au Conseil Général, j’ai milité pour une vision du quartier d’affaires où l’on travaille plus sur l’existant que sur les projets nouveaux. J’ai été reçu à l’Elysée et auprès de plusieurs ministres pour défendre La Défense. Aujourd’hui, nous sommes au milieu du gué concernant l’avenir du quartier d’affaires.
  • J’ai aussi travaillé sur le pôle éducatif Léonard de Vinci pour sortir du simplisme privé / public et chercher des solutions. J’ai provoqué de nombreuses réunions sur le sujet pour travailler à un nouveau projet. Celui-ci permettrait de créer un campus universitaire contenant du privé et du public, sous l’égide de la fac Paris X Nanterre. J’ai obtenu que des études soient menées en ce sens afin de sortir par le haut du gouffre financier que représentait Léonard de Vinci.
  • Enfin, j’ai œuvré pour la rénovation du collège Alfred de Vigny à Courbevoie qui est maintenant actée.

Au niveau du département, j’ai œuvré pour faire évoluer le fonctionnement. Pour que l’on passe d’une politique d’aide à une politique plus axée sur l’accompagnement et la prévention. Pour que l’on ait une notion d’évaluation des politiques publiques digne de ce nom. Et enfin pour que l’on cesse de faire du saupoudrage. Si le département aide une collectivité, il faut qu’il y ait des contre parties. Par exemple, si le département aide les crèches, il faut qu’en retour celles-ci s’engagent sur l’accueil de familles mono-parentales ou sur une plus grande amplitude horaire par exemple.

Enfin, je pense que les cas individuels sont une bonne manière d’identifier ce qui ne fonctionne pas dans une collectivité. J’ai donc traité à peu près 2000 cas individuels durant les 3 ans de ma mandature.

Un des rôles du conseiller général est d’aider son canton à financer des projets municipaux. Comment pouvez-vous soutenir en tant que conseiller général des actions menées par la mairie de Courbevoie où vous êtes opposant ? 

Jean-André Lasserre : Pendant mon mandat de conseiller général, j’ai soutenu beaucoup de projets pour Courbevoie et je n’ai jamais voté contre un seul projet pour la ville. Pendant mon mandat, j’ai siégé au conseil d’administration de trois collèges, au conseil d’administration de Defacto, à la commission d’appel d’offre et à la commission de services publics. Je n’ai quasiment jamais raté une réunion de ces instances. A l’opposé, Vincent Franchi était membre de la commission d’appel d’offre mais pas une seule fois il n’y a participé. Il n’a jamais non plus parlé de La Défense qui est pourtant un sujet essentiel pour la ville de Puteaux.

Au global, ce travail au conseil général est très prenant car il faut préparer les dossiers, aller aux commissions. Avec mon investissement à Courbevoie, cela représente 40 à 50% de mon temps. Comme je continue par ailleurs de travailler, cela se fait principalement sur mon temps personnel.

Que pensez-vous du bilan de Patrick Devedjian au Conseil Général des Hauts de Seine ? 

Jean-André Lasserre : Il y a des choses positives dans le bilan. Avec Patrick Devedjian, nous sommes loin d’être d’accord sur tout, mais il y a un respect mutuel. C’est très différent de Courbevoie où je suis systématiquement ostracisé, lors des cérémonies officielles. Au Conseil Général, il y a un respect de l’opposition, on peut travailler en bonne intelligence. Sur La Défense, des actions pertinentes ont été entamées et avec un bon travail nous avons trouvé des points de convergence.

Mon principal reproche sur le bilan du Conseil Général est ne pas d’être suffisamment intéressé à son métier principal, le social. On a comprimé les dépenses aux mauvais endroits, notamment sur l’accompagnement dans les collèges. La lutte contre l’échec scolaire devrait être une priorité plus forte dans l’action du département.

J’ai compté 37 propositions dans votre programme, moins que les 123 des municipales. Quels sont les principaux points à retenir de votre programme ? 

Jean-André Lasserre : Il y a 2 idées majeures dans le programme : la première est de développer la cohésion territoriale, et la deuxième de travailler la cohésion sociale. Nous voulons faire progresser le département sur le sujet du vivre ensemble.

Corinne Leroy-Burel: J’apporte pour ma part un regard écologiste sur ces questions. Nous travaillerons pour construire un projet sur le long terme qui intègre tout à la fois les questions sociales, économiques, culturelles et environnementales. La transition énergétique et écologique est indispensable à mettre en œuvre. C’est un vrai projet de société.

Jean-André Lasserre : Nous sommes dans une logique d’amélioration, pas de rupture. Les principales propositions concrètes de notre programme sont :

  • Un projet complet pour La Défense, qui est un territoire où l’on travaille mais aussi où l’on vit avec de la culture et des espaces publics. Nous proposons notamment de profiter des futures gares du Grand Paris pour rénover la gare de La Défense.
  • Le développement des PMI. Notamment à Puteaux où il manque une PMI
  • Créer des espaces insertions. Courbevoie et Puteaux font partie des rares villes où il n’y en a pas.
  • Pour les collèges, nous reprenons la proposition des enfants du collège des Renardières : s’assurer que dans chaque établissement, chaque enfant bénéficie d’un voyage scolaire grâce au conseil départemental.
  • Lutter contre l’échec scolaire.
  • Améliorer la rapidité du traitement des MDPH (maisons départementales des personnes handicapées)

Vous proposez de relancer l’offre de transports collectifs. Cela relève plutôt du rôle de la région, quel rôle peut jouer le département ? 

Jean-André Lasserre : Notre territoire va accueillir deux gares du Grand Paris à La Défense et à Bécon. Ce développement va bouleverser le trafic de voyageurs, notamment aux abords des gares. Il faut donc travailler sur les flux de voyageurs.

Corinne Leroy-Burel: Les nouvelles gares nécessitent de prévoir un certain type de développement urbain autour. Par exemple, les voiries départementales doivent en tenir compte. Cela nécessite aussi de développer les voies cyclables, les cheminements piétons accessibles pour tous. Nous sommes dans des villes avec un  déséquilibre bureaux / logements, cela impacte aussi fortement la circulation.

Etes vous favorable à la suppression des départements ?

Jean-André Lasserre : Oui, je suis pour la suppression des départements. Il faut aller vers plus de simplicité administrative.

Corinne Leroy-Burel: Oui, surtout en milieu urbain et avec la Métropole du Grand Paris.

Pour conclure, votre pronostic pour cette élection ? 

Corinne Leroy-Burel: On peut gagner !

Jean-André Lasserre : Il y a plus de candidats à droite qu’à gauche. De notre coté, nous sommes ensemble dès le 1er tour. En tant que sortant, j’ai la légitimité. J’invite les électeurs à juger de mon travail de conseiller général et celui de l’autre candidat sortant. Profondément attaché à la méritocratie, je pensais que les dynasties avaient disparus en 1789. Comment un adjoint avec 7 délégations, que l’on a jamais entendu au conseil général, sans vision pour La Défense serait-il le mieux placé pour défendre nos intérêts ? Nous sommes des candidats aux parcours variés ayant travaillé dans le domaine des transports, des collectivités, des télécom ou des start-up. Nous ne vivons pas de la politique. Nous sommes des candidats ancrés dans le réel.

Merci à Jean-André Lasserre et Corinne Leroy-Burel pour leur temps et leurs réponses. Aux électeurs de faire leur choix dans les urnes les 23 et 29 mars 2015…

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